Bonjour !
Autrefois, chaque village arborait fièrement son école publique. Ainsi fut-il d'El-Maïn, petit bourg situé dans la chaîne des Bibans - Département de Constantine jusqu'au milieu des années 1950.
Construite vers 1900, au milieu des champs en dessous de la piste, cette école de hameau est constituée de quatre salles de classe et d'un bâtiment qui entourent la cour de récréation.
Elle reste quand même un lieu de mémoire où les enfants peuvent vivre le passé de leurs parents et grands parents et mesurer le chemin parcouru depuis cette époque jusqu'à maintenant.
LE TRAJET
Levés bien avant l'aube, nous partons pour l'école. Nous sommes plusieurs à faire le trajet aux champs "Bouatta," la nouvelle fontaine (thala thajdhit) tous les matins et tous les soirs, en hiver dans la nuit qui nous sépare de l'école car il y a en effet deux à trois kilomètres. Les poches regorgent d'oeufs, de billes, de boutons, de morceaux de galettes, de glands et de fugues sèches sont lourdes pour nos jambes de 6 à 14 ans.
GROUPES d'ELEVES
Chaque matin, avec nos amis et camarades Amamouche Bouzid, Ouredjal Mokrane, Akli, Nékhli Ali, Bouzeghoub Béza, Lassami, les Benkhélif, Bédjaoui Larbi et Kassa, nous partons ensemble. Nos camarades Bédjoui alternativement sont chargés d'allumer le poêle lorsque c'est l'heure de l'entrée en classe pendant l'hiver.
Les fils de riches achètent des billes. Nous, nous avons des jouets en bois que nous taillons avec nos couteaux. Nous au moins, c'est de vrais jouets ! Nous avons aussi nos lances-pièrres et nos tire-boulettes que les bourgeois ne peuvent acheter.
ENTREE en CLASSE
Photo ci-contre de nos aïeuls dans la classe à l'école du village d'El-Maïn en 1928, offerte par Monsieur Brazier du cercle algérianiste de Perpignan à Monsieur J. Chouillou de Neuilly, dans les années 1980.
Dès le premier coup de sifflet, les élèves se mettent en rang devant l'entrée. Nous passons tour à tour devant l'Instituteur qui a un oeil de lynx, car si nous oublions de nous tailler les ongles il nous frappe tellement fort le bout des doigts que nous avons l'impression qu'il veut nous les briser avec sa règle. Mais figurez-vous que nous, on a les ongles de travailleurs que c'est sûrement pas sa règle qui va nous les casser ! Nos ongles nous servent pour gratter la fine écorce des branches. Et il ne nous fait même pas peur et ce n'est pas avec sa grande blouse et ses groses lunettes qu'il va nous effaroucher.
MORALE
La morale nous, on apprécie pas trop. C'est vraiment barbant car en plus, le maître il nous la fait apprendre après ! Pour commencer la journée, c'est térrible d'écrire quand on a les doigts gourds et durs comme du caillou. La séance de calcul mental nous fait oublier un peu cette souffrance en réfléchissant vite.
LA RECREATION
La récréation, ça commence vraiment quand toute la classe déboule dans la cour. Nous on a jamais besoin de chercher à quoi on va jouer, car dès qu'on arrive on a dans la tête un jeu auqual on a longuement réfléchi avant la récréation. Mais il faut faire attention de ne pas se faire surprendre entrain d'y penser, sinon le maître nous met en retenue de cinq minutes sur la récréation. Il nous étonne toujours le maître, car il arrive à lire dans nos pensées ! Pendant la récréation nous, on ne peut pas vraiment dire qu'on se repose : c'est plutôt ll'inverse, car on court les uns après les autres souvent sans raison ou alors, on joue à cache-cache.
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