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vendredi 22 août 2008, a 22:08
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L'armée pourvoyeuse de chefs d'etat ?
Publié le 21/08/2008 07:00 par Q. Oran

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Photo : Algérie
            (Continental News)

Au moment où la Mauritanie semble renouer avec le cycle révolu des coups de force et suite à la «passe d'armes» dans la presse nationale, entre des citoyens Algériens**, notamment autour du thème concernant l'Armée, j'expose dans cette modeste contribution, une analyse des rapports de l'Armée-singulièrement de sa haute hiérarchie- au Pouvoir avec en filigrane la question de savoir si celle-ci est bien la matrice pourvoyeuse des chefs d'Etat algériens et, conséquemment, dans quelle mesure il serait possible de prétendre qu'elle s'en tient et se tiendra à une stricte «neutralité» lors de la prochaine élection présidentielle d'avril 2009 ? A plusieurs, nous pourrions sans doute aboutir à l'élaboration d'une théorie générale du pouvoir afin de caractérisation du système politique algérien qui a sérieusement besoin d'évolution. A cet égard, si l'apolitisme semble être l'une des principales caractéristiques des armées européennes occidentales (celles des régimes à démocratie populaire avaient conservé des prérogatives non négligeables, nonobstant la prééminence affichée des partis uniques d'alors), tel n'est pas le cas dans les pays dits du tiers-monde où l'institution militaire demeure une force politique souvent mêlée aux tâches de développement économique dans une triple perspective : fournir à l'Armée des occupations pour éviter d'avoir une armée désoeuvrée qui se livrerait à des intrigues politiques, l'intégrer dans la nation en l'associant à l'effort de développement national et amortir son coût exorbitant (souvent, les armées du tiers-monde sont qualifiées de budgétivores)***.

En Algérie, la lutte de Libération nationale a suscité une organisation militaire en vue de l'Indépendance. D'armée insurrectionnelle, l'Armée de libération nationale (ALN) est devenue conventionnelle : Armée nationale populaire (ANP). C'est ainsi qu'au lendemain de l'indépendance nationale, soudée autour du groupe d'Oujda, l'état-major général - en sa qualité de direction militaire - s'est affirmé comme force politique et s'est retrouvé au sein du Conseil de la révolution dès le 19 juin 1965 (et plus tard au BP du FLN, alors parti unique). En effet, la lutte armée a exigé la mise en place d'une organisation hybride à vocation politico-militaire (le FLN-ALN) qui a perduré au lendemain de l'Indépendance ; ce qui a d'ailleurs fait dire à Ben Bella : « La reconversion de notre appareil politico-militaire est indispensable Nous devrons faire la distinction entre le parti et l'Armée ».

Les questions de la place de l'Armée dans la société et son rapport au pouvoir politique furent ainsi posées. Ce qui n'était pas une mince affaire dans la mesure où pour Boumediène, alors principal responsable de l'Armée, celle-ci avait une double mission : défense de l'intégrité du territoire national et participation au développement du pays. Aussi, pour ce dernier : « Aucune révolution réelle n'est réalisable sans la présence d'une armée d'origine populaire, d'idéologie révolutionnaire, alliée des masses laborieuses ». De même, dira-t-il : « Comment entreprendre une révolution socialiste d'une manière radicale dans un pays en voie de développement en s'appuyant sur les lois de la bourgeoisie et sur une armée réactionnaire ? ». L'Armée se veut donc d'essence populaire, thèse reprise par la Charte nationale et consacrée par la Constitution de 1976.

Au plan politique, des officiers supérieurs ont occupé depuis des postes importants : ministres, walis, PDG de sociétés nationales Pour mémoire, la même situation a été suscitée dans l'Egypte du temps de Nasser. Il est vrai cependant que la conquête du Pouvoir par l'Armée des pays du tiers-monde (Amérique latine et Afrique notamment) s'est souvent effectuée sous le couvert de coups d'Etat ; l'avènement du pouvoir militaire (immixtion dans la vie politique) s'effectue d'évidence à l'encontre de l'ordre constitutionnel établi (l'actualité mauritanienne emble le confirmer, quoique qu'en en disent ses promoteurs). Ce faisant, l'institution de l'Armée monopolise le pouvoir qu'elle exerce soit directement en s'improvisant structure gouvernante, soit par l'entremise d'hommes-liges pressentis dans la société civile à seule fin de ne pas se mettre en avant, le Pouvoir étant en apparence exercé collégialement mais, en fait, un primus inter pares s'impose le plus souvent.

Historiquement, si la lutte armée algérienne pour l'indépendance nationale était l'objectif visé par les « hommes historiques » (Aït Ahmed, Ben Bella, Ben Boulaïd, Bitat, Boudiaf, Ben M'hidi, Didouche, Khider et Krim) par la mise sur pied du FLN, l'ALN en constituait la branche militaire ; celle-ci fut d'abord une organisation conduite par cinq colonels à raison d'un par wilaya, chacun étant assisté de trois commandants chargés respectivement des questions politiques, militaires, liaisons et renseignements. Le Congrès de la Soummam, qui s'est tenu le 20 août 1956, s'est doté de deux organes de direction nationale : le Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) et le Comité de coordination et d'exécution (CCF) ainsi que d'une plate-forme politique. Au cours de ce congrès, trois principes directeurs ont été, en vain, affirmés : direction collégiale, primauté de l'intérieur sur l'extérieur et primauté du politique sur le militaire. Toutefois, le triumvirat militaire (Krim, Ben Tobbal et Boussouf), membres du CCE, va graduellement s'imposer comme chef de la Révolution algérienne à partir du début de l'année 1957, notamment après la décision de transfert du CCE d'Alger à Tunis.

En outre, la direction du FLN-ALN va être incarnée par ce triumvirat à la suite de l'arrestation des « hommes historiques ». Ces mêmes hommes vont décider, le 19 septembre 1958, de la création d'un gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) dans lequel ils détiennent des postes-clés (1). A cette période donc, le centre de pouvoir se trouvait déjà entre les mains d'une direction tripartite composée de militaires. Toutefois, sous l'impulsion de deux facteurs, le paysage politique va se transformer davantage dès lors même qu'une véritable « armée des frontières » va se constituer après la création de deux états-majors, celui de l'Est à la frontière tunisienne et celui de l'Ouest à la frontière marocaine. Face à cette « armée des frontières » (armée classique structurée, entraînée, équipée et disciplinée), « l'Armée de l'intérieur » composée de « paysans maquisards » se révéla de faible poids dans la lutte pour le pouvoir d'autant plus que la lutte d'influence au sein de la direction militaire elle-même allait contribuer au déplacement du centre du pouvoir. Jusqu'ici, l'Armée algérienne des frontières était constituée de deux commandements des opérations militaires (COM). De leur unification résulte l'état-major général des armées dont la direction a été confiée à Boumediène, «protégé», dit-on, de Boussouf. Désormais, même si l'Armée ne mena pas une politique autonome par rapport aux structures politiques existantes (GPRA, CCE, CNRA), aucune décision importante n'a pu être prise sans elle. Une armée en réserve stratégique était devenue instrument d'influence. Peu à peu, s'étant coupée des politiques, elle est devenue une force politique à part capable d'agir d'une manière autonome; ce qui se confirma au lendemain des accords d'Evian conclus le 18 mars 1962, le CNRA et le GPRA n'ayant pas été à même de présenter une direction solide et homogène. A cet égard, après la crise politique qui secoua l'Algérie au lendemain de l'Indépendance, on a pu observer que Ben Bella ne s'était pas véritablement rallié l'Armée car cette dernière a sans doute conçu une stratégie politique en vue de la conquête du pouvoir dont il se révéla être un élément.

S'affirmant progressivement, cette stratégie a permis à l'Armée des frontières de se renforcer par sa transformation en Armée nationale populaire (ANP). L'Armée de l'intérieur fut absorbée par celle-ci. S'imposant au fur et à mesure, sous l'impulsion du « groupe d'Oujda », l'Armée fut amenée à jouer un rôle prépondérant dans les orientations nationales, notamment en détenant des postes-clés sous le gouvernement de Ben Bella (2). En conséquence, le coup d'Etat du 19 juin 1965 semble s'inscrire dans la droite ligne de la volonté de l'Armée de prendre le pouvoir, car étant la seule force organisée dans une vie politique quasi anarchique, elle pouvait donc prétendre à l'exercice du pouvoir. En effet, s'étant dotée de tous les éléments d'un pouvoir d'Etat autonome, l'Armée devint l'armature du régime. Il semblerait même qu'elle ait été hostile à toutes les initiatives de la base (notamment à l'autogestion), et s'affirma comme étant plutôt favorable à l'instauration d'un capitalisme d'Etat qui fut qualifié officiellement de « socialisme spécifique ».

L'Armée, structure gouvernante




Le pouvoir conquis, l'Armée -et plus précisément sa fraction dirigeante- entreprit l'édification d'un appareil d'Etat en vue d'asseoir son régime. Ainsi, d'instrument révolutionnaire transformé en soutien stratégique, l'Armée algérienne n'a cessé depuis 1954, à travers plusieurs mutations, d'assurer les assises du système politique (3). Pour ce faire, la direction de l'Armée va se révéler être une véritable structure gouvernante, les cadres de l'ANP se répartissant, semble t-il, en trois groupes: les officiers formés par l'Armée française (environ 250 officiers) ayant rejoint la cause du FLN après le déclenchement de la guerre de Libération nationale, les anciens chefs des maquis de l'intérieur -très actifs politiquement et contrôlant de nombreuses régions militaires- et les jeunes officiers formés en Egypte et dans l'ex-URSS qui constituent sans doute le gros des cadres mais absents des postes politiques de l'Armée et de l'administration(4).

En conséquence, le système politique algérien a longtemps reposé en apparence sur l'unité du parti qui est investi d'un rôle politique en sorte que l'ANP a vu ses fonctions de service public de la défense exaltées, mais s'est vu privée de tout rôle politique (5). En réalité, même les textes officiels lui assignent une fonction qui dépasse celle de « la défense du pays », ainsi l'article 82 de la Constitution de 1976 dispose que « l'Armée nationale populaire, instrument de la révolution, participe au développement du pays et à l'édification du socialisme ». En outre, selon la Charte nationale, l'Armée algérienne constitue un bras solide dans la bataille du développement économique et social du pays (6). En effet, conçue en tant que structure gouvernante, l'Armée algérienne -voire sa direction-, incarnée alors par le Conseil de la révolution jusqu'au 4e congrès du FLN tenu en 1979, a des intérêts spécifiques à défendre, comme chacune des institutions du pays. De fait, une observation attentive montre que les officiers politiciens se partagent les postes-clés de la fonction gouvernementale et sont par conséquent les titulaires du pouvoir réel (7).

Ainsi, composé dans sa quasi-totalité de militaires, le Conseil de la révolution s'est attribué les postes importants au sein de l'Etat. D'autres militaires influents se sont vus soit confier des postes de responsabilité à la tête d'entreprises publiques, soit accorder des prêts importants pour la création d'entreprises privées (8). C'est, dans ces conditions, que de la primauté du parti sur l'institution militaire on est passé à la suprématie de celle-ci à celui-là. De fait, une fois l'indépendance acquise, objet de la lutte de libération nationale, la direction de l'Armée s'est trouvée placée en position de prendre le pouvoir, de bâtir l'Etat et l'ensemble des institutions y afférentes et d'affirmer l'idéologie qui gouvernera la nation. En accédant au pouvoir, suite aux griefs soulevés à l'encontre des gouvernements civils, la hiérarchie militaire a institué un système politique adapté, selon ses promoteurs, aux exigences du développement considéré comme la priorité des priorités. En outre, les militaires au pouvoir procèdent à la constitutionnalisation de celui-ci selon un processus désormais classique : promulgation d'une Constitution suivie d'élections présidentielle et législative. Toutefois, la personnalisation du pouvoir (vouée aux gémonies par la déclaration du 19 juin 1965), par la concentration des fonctions gouvernementale, législative et partisane et la préférence pour le présidentialisme sont la tendance générale observée dans les Etats du tiers-monde, l'Algérie n'ayant pas échappé à ce schéma. Ainsi, de facteur de développement, la direction de l'Armée tend à devenir mutalis mutandis, une caste à part en détenant le pouvoir à la fois politique et économique. Le cas de l'Egypte est probant à cet égard. Anouar Abdel Malek a pu observer que, dès 1955 (date à laquelle Nasser et ses compagnons s'engagèrent dans la vie politique), l'Egypte était devenue une « société militaire» (9).

Aussi loin de parvenir à l'efficacité en vue du développement, les directions militaires des Etats du tiers-monde étendent-elles leurs privilèges corporatifs (budget, traitements et équipement). Ayant acquis un statut social élevé, eu égard notamment à la part importante du revenu national qu'elles s'octroient, elles révèlent en partie le pourquoi des coups d'Etat opérés. Le processus historique ayant permis l'accession de l'Armée au pouvoir a fait de celle-ci une structure gouvernante. Aussi pendant longtemps, ne sera-t-il pas question d'une Armée apolitique contrôlée par les civils, même si, avec le recul du temps, la trajectoire de l'Armée apparaît comme le fruit d'une volonté claire dès l'origine d'opérer cette reconversion (de l'appareil militaire) et de la faire servir au soutien du pouvoir (10). Cette situation s'est davantage renforcée depuis le 19 juin 1965. Depuis le Conseil de la révolution et l'institutionnalisation du régime de Boumediène, le rôle de l'Armée devint prééminent et sa primauté sur le politique devint une réalité concrète. Aussi, si pour le Pouvoir, les militaires de haut rang ne devraient pas apparaître comme un corps de privilégiés, il faut relever que « son état de puissance modernisante lui confère aussi une situation à part. A la longue, une caste inconnue jusqu'ici, parce que le mythe unificateur national reste fort, pourrait se constituer » (11). D'aucuns ont pu observer que ses coopératives constituent, dans leur ensemble, la première entreprise d'Algérie par le nombre d'employés et la seconde par le chiffre d'affaires, après la Sonatrach (12). Dans ces conditions, il peut paraître que l'Armée soit le groupe le mieux organisé ayant des intérêts spécifiques, étant précisé, par ailleurs, que la classe politique algérienne fut également composée de moudjahidine ayant occupé des postes comme récompense pour leurs efforts au combat pour la libération nationale. A cet égard, la volonté du ministre de la Défense nationale, en la personne de Houari Boumediène, a été de construire une armée moderne par l'encouragement des jeunes professionnels et par la formation technique des anciens moudjahidine.

De même, on peut observer que le régime de la Constitution de 1963 leur aménagea une place dans les nouvelles institutions de la jeune République ; ainsi « la liste des 196 candidats à l'Assemblée nationale comprenait 72 membres de l'ALN, choisis par l'état-major et les wilayas (7 colonels, 25 commandants, 25 capitaines, 12 lieutenants, 5 soldats) ». Quoiqu'il semblerait que le Congrès de 1964 ait vu « une ANP assiégée et défensive qui s'organisait pour protéger ses intérêts ». Plus de 200 des 1700 délégués étaient des officiers. Leur position était négative, car les «thèses» de la commission préparatoire comprenaient la subordination de l'Armée au parti, le développement du rôle social du militaire et la formation par l'ANP de la «contre-armée» du parti, la milice » (13). Cependant, après « la professionnalisation » des officiers, l'Armée se serait déchirée en factions sociopolitiques de la même façon que celles qui existaient déjà au sein de la société algérienne. Aussi, si durant la période de 1962-65 il n'y a pas à proprement parler de «bloc hégémonique au pouvoir », le coup de force opéré le 19 juin 1965 est interprété comme la domination de la haute hiérarchie militaire sur les appareils d'Etat. Avec la mise en oeuvre de la politique économique algérienne de 1966-67 à 1975-78, celle-ci a investi les appareils étatique, partisan et économique; ce bloc au pouvoir ayant été sous direction militaire. C'est ainsi que l'Armée a pu apparaître comme hétérogène « dans sa position dans les rapports de production - d'où la nécessaire unification et conciliation d'intérêts entre le bourgeois privé, le bureaucrate du parti, l'officier de l'Armée et le technocrate des sociétés nationales - mais comme homogène dans la poursuite de ses intérêts lesquels se rapportent tous à la formation de la valeur. Celle-ci se constitue au détriment des travailleurs dans le secteur privé et au détriment de la rente énergétique dans le secteur public » (14). Dès lors (après le décès du président Boumediene et le choix opéré par la haute hiérarchie militaire sur l'un de ses hauts gradés), s'appuyer sur la « principale force organisée » du pays fut l'occasion pour Chadli de procéder à des nominations importantes de l'appareil de l'Etat ; ainsi, en octobre 1984, la remise des grades à des officiers supérieurs promus du titre de colonel à celui de général, parmi lesquels deux hommes-liges du Président, tous deux alors membres du BP du FLN : Mostefa Benloucif au poste de secrétaire général du ministère de la Défense nationale avec le grade de général major (sa chute se termina par un procès qui se voulut exemplaire) et Rachid Benyellès (candidat à l'élection présidentielle d'avril 2004 ayant retiré sa candidature).

Dans la foulée, l'état-major général fut remis sur pied après avoir été dissous par Boumediene, suite à la tentative de renversement opérée par le colonel Tahar Zbiri en décembre 1967. De la même manière, en vue de professionnaliser l'Armée, une instance centrale fut créée afin de réduire le pouvoir des commandants des régions militaires. Dans le même temps, la coopération militaire avec l'Europe fut revue, l'Algérie dépendant alors beaucoup de l'ex-URSS ; ainsi, des commandes d'armement furent passées à des industriels américains en 1984 et évaluées alors à 50 millions de dollars, à des Italiens pour l'achat de petits bâtiments navals et véhicules pour la gendarmerie, aux Allemands de l'Ouest pour des équipements destinés à l'Armée de terre et à la marine, aux Canadiens pour des systèmes électroniques aéronautiques. Quant à la France, elle a bénéficié du maintien d'une mission d'assistance technique permanente (en 1970, il y avait 300 à 400 conseillers militaires français en Algérie), ainsi que d'un projet d'un système de contrôle radar pour la surveillance aérienne des principales zones stratégiques du territoire algérien pour un montant à hauteur de 5 à 10 milliards de francs (15).

Le retrait annoncé du pouvoir




Suite aux graves incidents qui eurent lieu à Sétif et à Constantine en novembre 1986, le chef d'état-major, le général Mostefa Benloucif, démissionna officiellement pour des raisons de santé après avoir été, semble-t-il, en conflit avec Rachid Benyellès, alors secrétaire général du ministère de la Défense nationale. Ce fut Abdallah Belhouchet, général major, membre du BP du FLN et vice-ministre de la Défense, qui lui succéda. Ces incidents inaugurèrent, en quelque sorte, ceux d'Octobre 1988. Aussi, après la promulgation de la Constitution de 1989 introduisant le pluralisme, le colonel Rahal, alors directeur du commissariat politique de l'ANP, déclara que l'Armée ne saurait « s'impliquer dans le jeu complexe des tendances », indiquant qu'elle est une « force au service du seul pouvoir légal » (16), on pouvait donc en conclure qu'elle cessait d'être, comme le notait le texte fondamental algérien « le bouclier de la Révolution » et participant, à ce titre, « au développement du pays ». Désormais, sa seule mission était donc la défense nationale. Elle ne manqua pas, toutefois, d'assurer à plusieurs reprises une mission de sauvegarde de l'ordre public, tâche classique dévolue aux services de police.

Suite aux « événements » d'Octobre 1988, Chadli Bendjedid se sépara des officiers qu'il jugeait sans doute gênants, en nommant certains d'entre eux ambassadeurs, dont Liamine Zeroual. Probablement du fait de la remise en cause de l'idée de « socialisme » dans les pays de l'Est et dans les pays du tiers-monde ayant opté, de façon « spécifique », pour ce projet idéologico-politique, des mutations furent opérées. Ainsi, le grand débat ouvert porte sur la dépolitisation de l'Armée, celle-ci ne voulant vraisemblablement plus arbitrer les conflits d'ordre politique entre leaders, qui plus est dans le cadre d'une situation socio-économique devenue difficile. En tous les cas, en Algérie, l'Armée demeura le passage obligé et incontournable en vue du règlement des situations difficiles. Ainsi, après la destitution/démission de Chadli Bendjedid, force est de constater qu'elle fut au premier rang, loin du rôle de grande muette. Dans ces conditions, faut-il croire au « réflexe corporatiste » et à la défense de ses privilèges dans la mesure où « pour acheter à l'étranger un arsenal performant, il leur faut garder le contrôle sur le pétrole qui fournit les devises nécessaires » (17).

Toujours est-il que, sans doute jusqu'à ce jour, des militaires de haut rang restent influents dans la sphère politique ; ainsi, Khalèd Nezzar dont on dit qu'il fut le principal artisan de la chute de Chadli et de l'»intronisation de Boudiaf». En toute vraisemblance, il a figuré parmi les hommes les plus en vue de la vie politique algérienne avec les généraux Larbi Belkheir (ministre de l'Intérieur sous Chadli et Chef de cabinet de Bouteflika) et Mohamed Mediène (Chef des Services de sécurité). Il semblerait, en tous cas, que beaucoup d'officiers soient acquis à l'idée de modernité, le regard tourné vers l'exemple des armées turque et portugaise qui sont arrivées, bon an mal an, à «normaliser» le fonctionnement des institutions politiques.

C'est ce que laisse entendre le colonel Ali Kafi, alors à la tête du HCE, dans un discours prononcé devant les cadres du ministère de la Défense nationale ; il évoqua le souci du HCE de «remettre les responsabilités du pays et sa direction à une nouvelle génération qui aspire à ces responsabilités, dans le cadre d'une nouvelle stratégie de renouvellement du projet national», l'ANP étant «une armée républicaine et légaliste» (18). De même, le journal «El Djeïch» publia un article du général Touati soulignant «la fracture historique de la société algérienne». Aussi, celle-ci «est sérieusement interpellée sur l'option à prendre quant à son avenir». Citant l'exemple du Mexique, de la Belgique et du Portugal, il indique que «Les institutions militaires ont été les points d'appui de mutations historiques», l'Islam demeurant «une référence de progrès civilisationnel...une source d'identité...» (19).

Il est vrai que lorsque Nezzar démissionna à son tour, il fut remplacé, en juillet 1993, par Liamine Zeroual -général civil- à la tête du ministère de la Défense nationale (MDN). Ainsi, «le départ du général-major Khalèd Nezzar est interprété avant tout comme un geste politique en direction de l'ensemble des hommes du sérail, ceux qui ont politiquement et économiquement mis à genoux le pays» (20). Selon «Algérie-actualité», seules des considérations d'ordre médical l'obligent à s'écarter de l'action sur le terrain» (21). En tout état de cause, le poste de MDN reste si important qu'il est à peine exagéré de dire qu'il détermine la vie publique algérienne. En y accédant, Zeroual a sans doute franchi un pas décisif vers sa désignation à la magistrature suprême, à la suite de Chadli Bendjedid porté alors démissionnaire.

Suite à la démission de Zeroual en plein mandat, feu M'Hamed Yazid -qui se définissait comme «démocrate, républicain et moderniste»- a pu penser qu'il faut «éliminer» du marché politique les gens de sa génération ; il a eu également ces mots : «Le discours du président Zeroual est au fond une abdication de chef d'Etat en faveur du collège électoral algérien et d'une déclaration d'impuissance, de renonciation à la magistrature suprême... Une incapacité politique qui trouve sa raison dans l'absence d'une moralité d'Etat et, sur ce plan, nous sommes en présence d'un pouvoir amoral» (22). Bouteflika, qui fut considéré comme le candidat de l'Armée lui succéda. En tout cas, Khaled Nezzar indique qu'il l'a été parce que la hiérarchie militaire l'a appuyé (23).

In fine, il appert bien que la haute hiérarchie militaire a influé sur les décisions politiques de l'Algérie et singulièrement quant au choix des hommes promus à la tête de l'Etat. Dans ces conditions, nonobstant sa neutralité annoncée lors de l'élection présidentielle de 2004, il est vraisemblable qu'aucun candidat de poids ne pourra sérieusement prétendre à la magistrature suprême sans l'aval et l'appui discret ou direct de celle-ci. En effet, en l'état actuel des choses, il s'avère peu probable que la prochaine élection à la magistrature suprême soit différente des précédentes élections du même type. La question mérite d'être posée : le prochain président à élire en avril 2009 échappera t-il à la règle ? Il est vrai, quoi qu'il en soit, qu'entrer dans le club fermé des démocraties, par le jeu de l'alternance au pouvoir, ne pourra s'opérer que dans le cadre d'une élection libre et loyale par la neutralité et de l'institution de l'Armée et de sa haute hiérarchie, et de l'Administration souvent ressentie, à tort ou à raison, comme un appendice de l'exécutif. Quelques mois nous séparent de cette échéance qui ne manquera pas de nous affranchir quant à notre légitime interrogation. En tout état de cause, des réformes d'Etat urgentes et sérieuses sont à méditer (24).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 





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La police d'assurances & la responsabilité civile. Réponse. (31/10/2009 08:26)

.....Correction : &q...

La police d'assurances & la responsabilité civile. Réponse. (31/10/2009 08:08)

Bonjour Monsieur Moh...

La police d'assurances & la responsabilité civile. Mohamed (31/10/2009 01:41)

Bonjour Monsieur ...

Les métiers d'autrefois à EL-MAIN (Constantine) " Source généablog". Les photos de Saïd. (26/10/2009 21:47)

Bonsoir Saïd ! ...

Les métiers d'autrefois à EL-MAIN (Constantine) " Source généablog". said-el-garde (26/10/2009 20:37)

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