Enquête
« En vendant neuf hectares en Hollande, avec un quota de 137 000 litres de lait, on a pu acquérir cent hectares en Bretagne et 550 000 litres », explique Jaap Zuurbier, 45 ans, éleveur à Plounévézel, dans le Finistère. Il a quitté sa Frise natale en 1989, avec son frère Kees, pour s'installer en France.
« Nous étions aides familiaux sur la ferme de nos parents, ajoute-t-il. Elle n'était pas assez grande pour que nous puissions la reprendre. D'un commun accord, nous avons décidé de nous expatrier. »
Une ferme laitière biode 210 ha
Au XIIe siècle, déjà, leurs lointains ancêtres bataves épaulés par des Belges asséchaient des terres du Poitou pour les mettre en cultures.
Ce flux migratoire de paysans du nord de l'Europe ne s'est jamais tari. Il a même de nouveau enflé à la fin du XXe siècle, lorsque le prix des terres, en Hollande, Belgique et Danemark, flambait sous l'effet de la spéculation liée à la pénurie de terres.
« À l'inverse, nous manquions de candidats à l'installation, en France, rappelle Robert Lévesque, directeur d'études à la fédération nationale des Safer (Société d'aménagement foncier et établissement rural). Avec l'appui de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs, nous avions créé la société Terres d'Europe pour aider les agriculteurs étrangers à s'installer en France. »
Les frères Zuurbier ont utilisé ce canal. « Nous avons sillonné la France entière à la recherche de fermes, se souvient Jaap.
C'est la Bretagne qui nous plaisait le plus à cause de son climat, favorable à la pousse de l'herbe et de son dynamisme agricole.
Leurs compagnes hollandaises les ont rejointes dans le Gaec (Groupement agricole d'exploitation en commun) de Frise, le bien nommé. Aujourd'hui, les deux couples gèrent une exploitation laitière biologique de 210 ha, sur deux sites, avec un quota d'un million de litres.
À la maison, les quatre enfants de Jaap et Lutske parlent le hollandais et le frison, et le français à l'extérieur. Le paysan batave a parfaitement réussi son intégration. Administrateur à la FDSEA, ce sportif accompli préside le club de basket de Carhaix. Lutske est conseillère municipale à Plounévézel.
Les Anglais pénaliséspar la livre
La France a connu un pic de 1 190 acquisitions de terres agricoles par des étrangers, en 2000, sur 13 700 ha. Le soufflet est retombé à partir de 2004 et Terres d'Europe a été dissout.
D'autres sociétés immobilières spécialisées dans la vente des fermes ont pris le relais.
« Nous avons beaucoup moins de Britanniques et d'Irlandais depuis la dévaluation de leurs monnaies par rapport à l'euro, constate Bernard Charlotin, de l'agence Quatuor Transactions, à Locminé (Morbihan).
On ne voit plus du tout de Danois, car le prix du foncier s'est un peu assagi chez eux.
Les Belges et les Hollandais sont toujours acheteurs. »
Le marché a été particulièrement calme, cette année, à cause de la crise économique et des difficultés dans les filières agricoles. « Les acheteurs étrangers représentaient jusqu'à 5 % de nos dossiers sur seize départements, précise Bernard Charlotin. En 2009, nous avons conclu une seule vente avec un agriculteur belge francophone. »
Jean-Paul LOUÉDOC.